PROBLÉMATIQUE

 La civilisation de l'urbain

On assiste aujourd'hui à un devenir urbain du monde, à la  disparition progressive des différences entre villes et campagne, la condition urbaine se généralise sur la planète entière. Il existe de nos jours dans le monde 4000 villes de plus de 100.000 habitants, 250 de plus d'un million, une quarantaine de plus de 5 millions et une  quinzaine de plus de 10 millions. Si aujourd'hui 2,8 milliards de personnes habitent en ville, soit à peu près la moitié de la population la planète, on prévoit qu'en 2050 trois habitants sur quatre (75 %) seront des citadins. Ce mouvement est tout particulièrement vertigineux dans les métropoles de  sud (Mexico, Sao Paulo, Shanghai, Lagos...), où l'explosion démographique ne s'accompagne pas forcement d'une croissance économique

Crise de la ville, crise de l'urbanisme

Les villes sont confrontées à des mutations majeures, économiques, sociales, techniques, culturelles et politiques : la globalisation, la concentration urbaine dans des métropoles de plus en plus vastes, le développement accéléré des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), la diversification des styles de vie et des besoins sociaux, une préoccupation croissante pour la préservation de l'environnement, l'accroissement des inégalités sociales. Devant la complexité croissante, devant ce qu'on a pu appelé la "fin des grands récits de légitimation" et devant le règne de l'incertitude, il devient nécessaire de développer de nouvelles approches de l'urbanisme. Que faire en effet aujourd'hui de la notion de limite et comment concevoir les espaces alors que se brouillent les distinctions entre ville et campagne, entre public et privé, entre intérieur et extérieur. Qu'en est-il des notions de distance, de continuité, de densité, de diversité, de mixité, alors que les vitesses de déplacements des biens, des informations et des personnes s'accroissent de façon considérable ? Comment planifier dans une société plus ouverte et dans un univers plus incertain. Comment décider et agir pour le bien de la collectivité dans une société plus diversifiée et plus individualisée ? Voilà pourquoi, à notre sens, l'urbanisation est l'un des enjeux les plus cruciaux de ce début de siècle.

Les villes globales

La mondialisation accélérée de ces 20 dernières années a provoqué l'émergence de villes globales, " l'économie globale fonctionne désormais à travers un réseau d'une quarantaine de cités, dont cinq - New York, Londres, Tokyo, Paris, Francfort - constituent la strate supérieure du système, et d'autres sont des villes globales secondaires qui ne possèdent qu'une partie des ressources stratégiques des premières "(Saskia Sassen). L'apparition de ces ville globales "remodèle la hiérarchie urbaine", nationale et internationale : d'une part, elle accentue le déclin relatif des métropoles secondaires, dépendantes des industries traditionnelles ; d'autre part, loin d'être rivales, ces villes globales s'inscrivent dans un même réseau planétaire qui dépasse les frontières et mine la souveraineté et ronge le territoire de leurs Etats respectifs. Enfin, l'émergence de cette nouvelle espèce de métropole se traduit par la polarisation de la structure socioprofessionnelle et spatiale de leurs populations (marché du travail informel et accroissement corrélatif des inégalités sociales).

La métropolisation de Bruxelles

A l'évidence, Bruxelles, aujourd'hui, est entré dans un processus de métropolisation.  "La métropolisation  est la dynamique qui concentre de façon croissante les hommes, les activités et les richesses dans des agglomérations de plusieurs centaines de milliers d'habitants, multifonctionnelles, fortement intégrées dans l'économie internationale. Elle s'accompagne de transformations significatives des grandes villes, de leurs banlieues et leur environnement, constituant des espaces urbanisés de plus en plus vastes, hétérogènes, discontinus, formés parfois de plusieurs grandes cités, de moins en moins liées à une économie régionale, et dont les arrière-pays se transforment en espaces de services de loisirs." (François Ascher). Concernant Bruxelles, le processus n'est pas terminé. Cette évolution, liée notamment à la présence extensive de la communauté européenne mais aussi à son statut de double capitale et à son intégration dans les flux financiers mondialisés, touche tout autant les relations sociales, politiques et économiques que le tissu du bâti proprement dit. Ce phénomène peut s'étudier suivant divers approches :
1. d'un point de vue géographique : l'étirement et l'éclatement du territoire, la question de la mobilité et du transport...;
2. d'un point de vue écologique : qualité de la vie, cadre de vie, dégradation de l'environnement;
3. d'un point de vue démographique : variation de la population dans la ville tant dans sa structure que dans son volume;
4. d'un point de vue économique : interdépendance mondiale, financiarisation et tiersarisation croissante de l'économie;
5. d'un point de vue social : "exclusion" et polarisation sociale, ségrégation résidentielle...;
6. d'un point de vue politique : gestion de l'agglomération, la question de la gouvernance;
7. d'un point de vue culturel : la coexistence de populations différentes dans la ville : jeunes et vieux, hommes et femmes, pauvres et riches, insérés et exclus, etc.