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  • LE PENTAGONE OUEST DE BRUXELLES : ANALYSE

 

 

 

 

 

UN ESPACE FRAGMENTÉ

Zonifier une ville, ou une partie de ville n’est pas chose aisée. Il y a d’abord la division de celle-ci qui est sujet à discussion (nombre de zones, frontières entre celles-ci). Ensuite il faut  pouvoir décrire ces « aires naturelles » pertinemment. Pour ce deuxième problème à notre sens, il ne agit pas de rendre compte de la totalité d’un quartier, mais plutôt de témoigner d’un climat, d’une tonalité dominante. Nous distinguerons cinq entités bien différenciées : une enclave d’habitat populaire, un pôle de gentrification, une zone d’habitat pour les personnes haut revenus, une zone de commerce de gros (import-export), une zone mixte où cohabitent industrie, commerce, ateliers aménagés et logement populaire.

 

 

 

Le pôle de gentrification se diffuse essentiellement de la place Saint-Géry irradiant jusqu’à la place Sainte-Catherine. Il faut ajouter à cela un axe radial que forme la rue Dansaert, ainsi que sa parallèle la rue de Flandre, qui se prolongent jusqu’au canal. Les habitants, et les personnes qui fréquentent le lieu,  sont le plus souvent jeunes, célibataires et  plutôt néerlandophones. Ils vivent dans ce quartier pour bénéficier de toutes les opportunités que permet la centralité, et tout particulièrement en termes de  divertissements nocturnes. Cette zone est de densité moyenne.

L’enclave d’habitat populaire se situe dans la zone sud, c’est une  zone de petites rues enfermées sur elle-même, elle est habitée par des grandes familles immigrées, c’est !e zone dense où les enfants et adolescents sont fort représentés. Le bâti y est gradé, cette partie bénéficie de contrats quartier. Le profil socio-économique des habitants est plutôt faible.

La zone de commerce de gros, située au nord ouest, se consacre essentiellement aux commerces, fait rare dans notre périmètre. A densité y est relativement faible ; le bâti st en très bon état. Cette aire est éloignée du centre. La taille de sa Voirie permettrait s aménagements d’espaces publics plus réussis.

Le quartier mixte est intéressant pour de multiples raisons. D’une part, c’est la seule zone où subsistent des industries, certes à l’état moribond. D’autre part, cette zone est une mise en abîmes, un modèle réduit de l’ensemble du Pentagone ouest. On y rencontre des industries, des ateliers réaménagés, des maisons unies familiales,  des commerces. Elle est donc le laboratoire des mixités sociales et fonctionnelles possibles. 

Une zone consacrée à un habitat de standing. Il se décline d’au moins trois façons : les maisons néoclassiques qu’on retrouve rue de Laeken et environ, les lofts qui se situent aux abords des quais, t enfin, les maisons d’époque réaménagée qu’on retrouve aux abords du Béguinage. Si le quartier Saint-Géry représentait la gentrification dans sa version vulgaire, cette dernière, habitée par de personnes plus âgées, représente sa version distinguée.

 

TROIS EXPLICATIONS :

 

1. La polarisation

« Trois niveaux de polarisation spatiale se superposent à Bruxelles : un premier niveau concerne la suburbanisation, un deuxième une polarisation à l’intérieur même de Bruxelles, un troisième une série de quartiers présentant un ensemble de problèmes locaux et de dégradations. La suburbanisation a eu pour effet le déclin démographique de Bruxelles – la ville a perdu 120000 habitants depuis 1967 – et encouragé une migration sélective des populations riches et des classes moyennes qui a vidé la ville des citoyens les plus aisés. Sont restés ceux qui n’avaient pas la possibilité de faire mouvement : personnes âgées, petits indépendants, jeunes peu qualifiés. À ces populations est venu se joindre dans les années 60 une population immigrée. À la périphérie les riches, Y compris étrangers, au centre une population diversifiée aux revenus faibles, composée de ménages d’une personne – pouvant représenter dans certaines communes plus de 60 % des ménages – et des familles nombreuses d’origine étrangère. La polarisation à l’intérieur de Bruxelles a été déterminée par un marché locatif privé caractérisé par des logements de faible qualité et qui sont occupés par des ménages pour qui d’autres types de logement sont inaccessibles. On y retrouve une concentration de populations immigrées qui y ont développé des entreprises ethniques et sont devenus propriétaires-occupants après avoir été des « acheteurs de fortune » occupant des logements délabrés. Enfin, la troisième polarisation est constituée par un renforcement de la deuxième mais dans des quartiers spécifiques où on retrouve de 70 à 80 % d’étrangers à dominante maghrébine et turque ; ces quartiers situés principalement au centre-ouest et au bas de la ville concentrent une population étrangère jeune, les 15-24 ans y représentant parfois près de 20 % de la population et parmi ces jeunes, 80 % sont d’origine étrangère. Le faible niveau de réussite scolaire, les difficultés engendré par le fait qu’à Bruxelles, pour occuper un emploi dans le secteur privé il vaut mieux savoir parler les deux langues, le français et le néerlandais, les discriminations sur le marché du travail, indique que ces jeunes sont dans une spirale de marginalisation qui les font apparaître comme "classe dangereuse" à Bruxelles. » (FRANCQ B. (2003), pp.87-88)

 

  2. Les quartiers immigrés dans la ville

 

« Les quartiers ouvriers du XIXème siècle, encerclant le centre d’affaires par l’ouest et formant ce qu’on appelle le croissant, parfois aussi la banane pauvre de Bruxelles, concentrent le plus d’étrangers. Il s’agit des quartiers immigrés de Schaerbeek, Saint-Josse, Molenbeek, Anderlecht et Saint-Gilles, habités par les Belges qui n’ont pas participé à la suburbanisation et des Italiens, Espagnols, Grecs, Turcs et Marocains. Dans certains de ces quartiers, les immigrés et leurs descendants atteignent jusqu’à 75 % de la population totale. La concentration spatiale des logements du secteur locatif résiduel est bien rendue par la carte des logements sans confort (manque au moins un W-C privé, une salle de bain ou l’eau courante). De tels logements sont fréquents dans la couronne du XIXème siècle mais quasi absents autour de la Forêt de Soignes au sud et à l’est de Bruxelles. La juxtaposition de la carte « logements sans confort » et celle « des étrangers issus de l’immigration ouvrière » montre bien le rôle du marché du logement dans la structuration socio-spatiale de la ville et la mise en place des quartiers immigrés. Les enfants et jeunes – la population e 0 à 24 ans – sont surreprésentés (plus d’un tiers de la population locale) d’une part dans le vieux cœur urbain suite à l’immigration ouvrière, et d’autre part dans la périphérie, en dehors des limites de la Région de Bruxelles-Capitale, en conséquence de la suburbanisation. Dans les quartiers centraux, ces jeunes sont en majorité des étrangers, alors qu’ils sont belges dans la couronne périphérique. Les processus de socialisation et les chances d’épanouissement sont très inégales entre chacun de ces milieux urbains, en raison des écarts en matière de qualité du logement, d’infrastructures scolaires et de  matière de qualité du logement, d’infrastructures scolaires et de loisirs, d’initiatives pour la jeunesse et globalement des perspectives d’avenir offertes par les aînés. Après tout, les uns vivent dans un quartiers équipés selon les normes du XIXème siècle (où l’on travaillait 12 heures par jour à partir de 12 ans), dans des communes pauvres ; les autres dans des quartiers créés lors des Golden Sixties reflétant la société de consommation et de loisirs, dans les communes les plus riches du pays.  Depuis la fin des années septante, la crise a eu pour effet de consolider les quartiers immigrés dans la ville. La hausse du chômage et de l’insécurité d’emploi, la chute des revenus ont frappé les immigrés et bloqué leurs possibilités d’accéder aux quartiers plus périphériques. Cette tendance est renforcée par l’accroissement du nombre de propriétaires parmi les immigrés. Entre 1981 et 1991, la part des propriétaires occupants est passée de 13 à 37 % chez les Turcs et de 10 à 30 % chez les Marocains. Dans la plupart des cas, il s’agit d’achats l’urgence, suscités par la spéculation foncière et la hausse généralisée des prix du logement (les prix ont plus que doublé entre 1988 et 1992). L’achat était pour eux la seule façon de se prémunir contre es loyers insurmontables, de garantir leur sécurité d’occupation et de se maintenir dans les quartiers où ils se sont intégrés. Ce changement de statut n’a donc pas bouleversé leur répartition dans la ville. Ce sont, pour la plupart, des logements bon marchés, issus du secteur locatif résiduel qu’ils ont acquis dans leurs propres quartiers. Ces nouveaux propriétaires rénovent eux-mêmes leur logement, pour autant qu’ils en aient les moyens et mettent souvent en location les niveaux les plus rentables. Finalement, le commerce ethnique (magasins d’alimentation, restaurants, snacks, etc.) s’est fortement développé en tant que stratégie de survie. Ces entrepreneurs visent à échapper au chômage tout en tirant profit de la concentration spatiale de la demande spécifique de leurs compatriotes (les niches de marchés ethniques). En même temps, la présence abondante de ce genre de commerce entraîne une forte concurrence et permet aux habitants de s’approvisionner à moindre prix. Le commerce ethnique contribue donc aussi à lier chaque groupe à son quartier. Dans cette mesure, il est un élément de démarginalisation dans le quartier cependant, la consolidation des quartiers ethniques va de pair avec leur marginalisation au niveau de la ville. D’une part, les chances d’emploi (en dehors de l’entreprenariat ethnique, de quelques services mal payés, aux conditions de travail peu engageantes, tel le nettoyage le bureaux et finalement de l’économie informelle) s’affaiblissent dans s quartiers. Entre 1980 et 1991, la région de Bruxelles-Capitale a perdu 25000 emplois industriels lesquels se sont déplacés vers la périphérie flamande (Halle-Vilvoorde). Les quartiers pauvres du centre-ville se transforment ainsi en pièges à chômage pour les jeunes issus de l’immigration et destinés par l’enseignement aux emplois manuels peu spécialisés. » (KESTELOOT C., PELEMAN K, ROESEMS T. (1997), pp. 35-38)

 

3. La Gentrification 

 

« Les dynamiques de gentrification recouvrent trois dimensions majeures : une transformation des caractéristiques socio-économique et démographiques de la population, une mutation du paysage urbain (bâtiments rénovés) et notamment commercial ainsi qu’une hausse des coûts d’accès au logement. Sur le plan commercial, la gentrification y est particulièrement nette. Depuis le milieu des années 1980, le quartier a entamé une mutation radicale, directement perceptible dans le paysage urbain, sous l’impulsion de jeunes stylistes flamands à l’origine. Les yuppies trouvent dans les nouveaux commerces qui y sont installés des espaces de consommation exclusifs. Sur le plan résidentiel, le processus de gentrification est postérieur au renouveau commercial. Il est principalement le fruit d’une demande de jeunes et petits ménages aisés pour des quartiers riches en significations et proches des pôles d’emplois métropolitains. De plus, le développement de ce scénario a été favorisé par un contexte urbain favorable issu des années 1980 qui a produit une offre de logements anciens à bas prix et relativement en bon état, rénovés par des propriétaires particuliers avant tout. A cela s’ajoute le cas de l’îlot Saint-Géry où la gentrification résidentielle observée résulte d’une offre de logements anciens réhabilités par les pouvoirs publics. L’objectif n’était donc pas de produire du logement destiné aux catégories sociales défavorisées qui, en bonne partie, étaient celles qui occupaient les logements de la Ville de Bruxelles avant rénovation, mais bien d’attirer de nouveaux habitants aux revenus confortables. Enfin, sur le plan des coûts d’accès au logement dans ce quartier, les résultats obtenus sont plus mitigés. Nous avons au moins pu relever plusieurs cas récents de biens mis sur le marché locatif à des prix très élevés, spécifiquement destinés à un nouveau public aisé revalorisant un habitat urbain ancien et révélateurs d’une dualisation croissante du marché locatif. » (VAN CRIEKINGEN M. (1996), pp. 229-230)

 

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